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La tombola napolitaine : numéros, Smorfia et fous rires des fêtes

La tombola napolitaine : numéros, Smorfia et fous rires des fêtes
Photo : Turismo Campano · Icone Lucide (licenza ISC)

Après le repas du réveillon, à Naples, on ne débarrasse qu'à moitié. On pousse les assiettes, on sort les cartons du tiroir, quelqu'un va chercher une poignée de haricots ou de lentilles : c'est l'heure de la tombola. Dans les foyers campaniens, entre le 24 décembre et l'Épiphanie, ce jeu tout simple réunit grands-parents et petits-enfants autour de la même table pendant des heures. Nous vous racontons d'où il vient, comment on y joue et pourquoi, à Naples, ce n'est jamais seulement une affaire de chiffres.

Une origine liée au Lotto

L'histoire la plus racontée relie la tombola au Lotto et au royaume de Naples du XVIIIe siècle. Selon cette tradition, lorsque le roi Charles de Bourbon voulut réglementer le Lotto, que les Napolitains adoraient, un prédicateur très populaire, le dominicain Gregorio Maria Rocco, obtint que les tirages soient suspendus pendant les fêtes de Noël, afin que le jeu ne détourne pas les fidèles de la prière. Ne voulant pas renoncer à leurs numéros, les Napolitains auraient alors ramené le Lotto à la maison pour en faire un jeu de famille.

C'est un récit séduisant et très répandu, mais il faut le prendre pour ce qu'il est : une tradition plutôt qu'un fait documenté dans tous ses détails. Des jeux de tirage similaires existaient ailleurs en Italie. Ce qui est sûr, c'est qu'à Naples la tombola a pris un caractère bien à elle, en se mêlant à la Smorfia, le « livre des rêves » qui associe une signification à chaque numéro.

Cartons, tableau et panariello

Le matériel ne change jamais. Chaque joueur reçoit un ou plusieurs cartelle, des cartons portant quinze numéros répartis sur trois lignes de cinq. Les numéros vont de 1 à 90 et figurent sur de petits jetons en bois ou en plastique rangés dans le panariello, le petit panier d'où on les tire un par un.

Celui qui tire garde devant lui le tabellone, que beaucoup de Napolitains appellent aussi le «cartellone» : il reprend les quatre-vingt-dix numéros, divisés en six blocs correspondant à six cartons. On y marque les numéros sortis pour vérifier chaque gain, et souvent le tableau participe au jeu comme un joueur de plus. Pour couvrir les numéros, on utilise haricots, lentilles, pois chiches, écorces de mandarine ou bouts de papier : chaque famille a son habitude.

Ambo, terno, quaterna, cinquina et tombola

Avant de commencer, on réunit la mise, en général quelques pièces chacun, et on décide comment la répartir entre les prix. Les gains suivent une échelle précise, toujours sur la même ligne d'un carton :

  • ambo : deux numéros sortis sur la même ligne ;
  • terno : trois numéros sur la même ligne ;
  • quaterna : quatre numéros sur la même ligne ;
  • cinquina : les cinq numéros d'une ligne ;
  • tombola : les quinze numéros du carton.

Beaucoup de familles ajoutent le tombolino, un prix pour celui qui complète son carton juste après le premier gagnant, pour que la partie ne s'arrête pas net. Le gagnant doit l'annoncer à voix haute avant le tirage suivant : un ambo signalé en retard, en général, ne compte pas, et c'est là que naissent les discussions les plus drôles de la soirée.

Les numéros de la Smorfia

Ce qui rend la tombola napolitaine unique, c'est la façon d'annoncer les numéros. Celui qui tire dit rarement « quarante-sept » : il annonce plutôt «'o muorto», le mort, et tout le monde comprend. Chaque numéro a sa signification dans la Smorfia napolitaine, et certains sont connus de quiconque a passé un Noël en Campanie : le 1 est l'Italie, le 25 Noël, le 33 l'âge du Christ, le 47 le mort et le 48 le mort qui parle, le 77 les jambes des femmes, le 90 la peur.

Celui qui tient le cartellone devient ainsi un petit comédien : il commente, plaisante, taquine les présents, invente des bons mots à partir des numéros qui sortent. Pour découvrir les significations et l'histoire du livre des rêves, lisez notre article sur la Smorfia napolitaine (en italien).

La tombola « coquine » et la tombolata

À côté de la tombola familiale existe une version plus animée, la tombola scostumata, la tombola « mal élevée ». Les numéros sont annoncés avec des doubles sens et des plaisanteries piquantes, et le jeu devient presque un spectacle d'improvisation. Dans les quartiers populaires de Naples, elle est surtout liée à la tradition de la tombola des femminielli, qui attire depuis longtemps curieux et passionnés.

Aujourd'hui, on organise dans toute la région de véritables tombolate : des soirées dans les paroisses, les associations, sur les places et dans les cercles, avec des dizaines de joueurs et des lots offerts par la communauté. C'est une manière simple d'être ensemble pendant les fêtes, et elles servent souvent à financer des projets de quartier.

Les autres jeux des fêtes

La tombola n'est pas le seul passe-temps de Noël. Avec les cartes napolitaines, on joue au mercante in fiera, au sette e mezzo et à la scopa, et dans beaucoup de maisons les parties se poursuivent tous les soirs jusqu'à l'Épiphanie. C'est aussi une tradition qui se transmet de génération en génération : les grands-parents enseignent les règles, les petits-enfants apprennent à bluffer.

Pour vivre l'ambiance des fêtes dehors aussi : chaque année à Naples, la Foire du Jouet et du Bas remplit la piazza Mercato les jours qui précèdent l'Épiphanie, et le 6 janvier la Befana des pompiers descend en rappel la façade du Palais royal, piazza del Plebiscito. Entre une promenade à San Gregorio Armeno et l'exposition d'art de la crèche de l'AIAP, il reste tout le temps de rentrer jouer.

Pour d'autres idées, lisez notre article sur le réveillon de Noël en Campanie. Et si l'on vous invite à une tombola, apportez quelques pièces et préparez-vous à rire : gagner, vous le savez, est bien la dernière chose qui compte.

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